La maternité suisse d'Elne,

un berceau d'humanité au coeur de l'inhumain

 

Notre association en collaboration avec Scènes Croisées et les Archives départementales de la Lozère ont accueilli, dans les murs des Archives, du 1er décembre 2015 au 15 janvier 2016, l’exposition intitulée La maternité suisse d'Elne, un berceau d'humanité au cœur de l'inhumain.

 

IMG_2682



IMG_2683

 


En 1939, des centaines de milliers de réfugiés espagnols, qui fuient la répression des troupes franquistes, sont parqués sur les plages de Saint-Cyprien, d'Argelès et du Barcarès, puis à Rivesaltes, Gurs,… Les conditions de détention sont horribles, le taux de mortalité, en particulier infantile, atteint des hauteurs insoutenables. Infirmière suisse, Élisabeth Eidenbenz, est profondément marquée par la guerre d'Espagne ; elle vient de passer trois ans aux côtés des civils républicains. Ces camps la glacent d'horreur ! De nombreuses femmes sont jeunes, des dizaines sont enceintes. La mortalité infantile frôle les 100 %. Dès cette période, soutenue par le Comité Français de Secours des Enfants et la Croix-Rouge suisse, Élisabeth Eidenbenz loue le château d'En Bardou et crée une maternité destinée à accueillir des mères internées dans ces camps, vivant dans la clandestinité ou subissant les dures restrictions de la guerre, mères juives, espagnoles, françaises, etc, d'au moins 15 nationalités différentes. Ainsi, entre 1939 et 1944, n'acceptant pas l'interdiction d'offrir refuge à des réfugiés politiques, en particulier les juifs, Élisabeth ne cède pas, et décide de falsifier les identités des patients pour contourner cette règle. Malgré la surveillance de la Gestapo, près de 600 enfants (400 enfants espagnols et 200 enfants juifs) ont vu le jour dans cet établissement. Au-delà des nouveau-nés, des frères et sœurs purent bénéficier du régime salutaire de la Maternité et être, eux aussi, sauvés d'une mort possible.


Suite à l’inauguration de cette exposition le 2 décembre 2015 Sandrine et Bernadète Bidaude (conteuse) ont animé un débat sur Histoire et Mémoire. Débat suivi par une cinquantaine de personnes. A ce propos Sandrine rappela les circonstances de l'ouverture du camp de Rieucros. Puis nous nous interrogeons sur cette chape et ce déni qui a duré si longtemps à Elne d’autant qu’il s’agit d’une histoire positive à tout point de vue : des enfants et des mères sauvés des mauvaises conditions de vie des camps d’internement, des mères et bébés juifs sauvés de l’extermination. Il semble que cela soit mêlé très fortement à l’histoire de la Retirada vécue comme « ils ont pris notre place, ces rouges ». Par ailleurs, c’est un monde de femmes et le monde des femmes est un continent à part. Nous avons fait la transition avec le camp de Rieucros. Rieucros est un évènement honteux à la différence d’Elne, Pourquoi cette mémoire a été si longtemps oubliée ?. Plusieurs hypothèses listées : pas de baraquements, le lieu est un vallon retiré, pas de traces du camp sauf la belle bâtisse de maître et le rocher, le terrain qui appartenait à l’évêché puis à l'association diocésaine, influence de la presse, beaucoup de mendois et mendoises « travaillaient » au camp, mais c'est aussi un lieu mal compris et le reconditionnement de cet espace en centre aéré et location de la maison pour des fêtes familiales (mariage par exemple) a bien occulté cette histoire. Ne pas en parler aussi peut-être pour permettre un temps de la reconstruction, de l’apaisement nécessaire.